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Une histoire des gens dont la vie est façonnée par la mer
La région des Côtes acadiennes et de Yarmouth a d'abord été colonisée par les Mi'kmaq. Ces derniers sont arrivés au Canada atlantique environ 10 000 ans avant les Européens, et ils s'étaient établis surtout le long des côtes. Le territoire mi'kmaq se divisait en sept régions, chacune ayant son gouvernement et ses règlements. Les Côtes acadiennes et Yarmouth faisaient partie d'une région appelée Kespuwick. Les Mi'kmaq étaient surtout nomades avant l'arrivée des Européens dans les Maritimes. Ils passaient souvent le printemps et l'été dans les régions côtières où la mer leur procurait du poisson en abondance. Durant les mois d'hiver, ils migraient souvent vers l'intérieur, le long des différents cours d'eau, pour faire la chasse et s'abriter. Deux endroits dans la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth, soit Tusket Falls et Chegoggin, regorgent d'artefacts mi'kmaq, ce qui porte à croire que les Mi'kmaq seraient revenus à ces lieux d'habitation année après année. Les Mi'kmaq sont très probablement entrés en contact pour la première fois avec les Européens dans les années 1500, lorsque ces derniers sont arrivés en Nouvelle-Écosse pour faire la pêche d'été. De bons rapports se sont établis entre eux, et les Mi'kmaq développeront ensuite des rapports encore plus serrés avec les Français après leur arrivée en 1605.
Arrivés en Nouvelle-Écosse en 1605, les Français ont été les premiers colons européens à s'établir en permanence en Amérique du Nord. Ils ont appelé la région " Acadie " (ce qui signifie paradis), et les colons ont alors porté le nom d'Acadiens. Ils ont vécu dans des collectivités agricoles établies dans la vallée de l'Annapolis et près du bassin des Mines, sur les rives de l'actuelle baie de Fundy. Ils ont également fondé plusieurs petites localités dans l'actuelle région des Côtes acadiennes et de Yarmouth. Bien que les Acadiens étaient originaires de France, leurs liens avec la France se sont affaiblis et ils se sont attachés de plus en plus à leur nouvelle patrie. On a consenti à ce qu'ils restent neutres lors des nombreuses guerres entre la France et l'Angleterre en vue de la maîtrise du Canada atlantique, et on leur a aussi permis de pratiquer leur religion. Bon nombre d'Acadiens vivant près de la baie de Fundy étaient des agriculteurs, tandis que bon nombre de ceux qui vivaient le long des Côtes acadiennes et à Yarmouth étaient des pêcheurs. Pendant 150 ans, les Acadiens ont vécu de manière relativement paisible et prospère. Le sieur Philippe Mius d'Entremont a été le premier Acadien à s'établir dans la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth, et il a fondé la localité de Pubnico en 1653. Plusieurs autres colonies acadiennes ont été fondées, y compris au nord de Pubnico, à Chebogue, et au sud de Pubnico, dans l'actuelle région de Cap-Sable. En 1755, la Nouvelle-Écosse tombe aux mains des Britanniques et ces derniers exigent alors que les Acadiens prêtent serment d'allégeance. Ce scénario s'était répété plusieurs fois au cours du siècle précédent et on ne s'attendait pas à ce que la vie quotidienne des gens en soit beaucoup changée. Cette année-là, environ 50 familles acadiennes vivaient dans la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth et dans la région de Cap-Sable.
Les Britanniques surprennent tout le monde en 1755 en utilisant la force pour déporter tous les Acadiens - hommes, femmes et enfants -, même les Acadiens qui avaient prêté serment d'allégeance à la Couronne britannique. L'automne de cette année, environ 2 200 Acadiens sont déportés de Nouvelle-Écosse; leur point de départ est Grand-Pré, le long de la baie de Fundy. Lors de l'embarquement sur les bateaux, beaucoup de familles sont séparées et leurs membres ne pourront jamais se retrouver. D'autres personnes s'enfuient dans les bois, errant dans l'est du Canada pendant bien des années, hantées par la peur d'être repérées. Cette période porte aussi le nom d'expulsion des Acadiens ou de Grand Dérangement. La déportation survenue sur les Côtes acadiennes et à Yarmouth ainsi qu'à Cap-Sable s'est déroulée sur plusieurs années, soit en 1756, 1758 et 1759. Certains Acadiens sont parvenus à fuir dans les bois pour être en sécurité, mais on croit que beaucoup d'Acadiens de la région, sinon tous, ont été déportés par les Britanniques. Les déportés acadiens ont été envoyés le long de la côte est des États-Unis, mais beaucoup se sont vus refuser l'accès dans ces ports, sont devenus esclaves ou ont péri. Ils ont essayé de retourner en France, mais après 150 ans de séparation d'avec l'Europe, les Acadiens n'avaient plus beaucoup en commun avec la France féodale et ne voulaient que repartir. Certains ont tenté de s'établir au Québec tandis que d'autres ont abouti en Louisiane et sont devenus des Cajuns. Les Cajuns étaient libres de pratiquer leur religion et de posséder des terres. Après dix ans, beaucoup d'Acadiens se considéraient toujours dépourvus d'un chez-soi et ne voulaient que retourner en Acadie, pays qu'ils aimaient tant.
Après la Déportation, la Nouvelle-Écosse était aux mains des Britanniques et un plan de colonisation de choc a été entrepris. Des colons de langue anglaise venue de la Nouvelle-Angleterre, appelés Planteurs, sont arrivés en Nouvelle-Écosse en 1760 et se sont établis le long de la baie de Fundy sur des terres autrefois occupées par les Acadiens. Ces derniers venaient alors de perdre leurs terres à tout jamais. Les Planteurs sont arrivés à Chebogue, soit dans la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth, à l'automne 1761. Ces familles, portant des noms comme Perry et Lander, étaient des descendants des premiers colons arrivés à bord du Mayflower. Les Planteurs se sont surtout installés dans l'actuelle ville de Yarmouth, dans ses alentours et dans des localités éparpillées au sud de la ville. Le commerce avec la Nouvelle-Angleterre, de même que la pêche et l'agriculture, apporteront une grande richesse à la ville vers la fin des années 1800.
Peu de temps après l'arrivée des Planteurs sur les Côtes acadiennes et à Yarmouth, la guerre de Sept ans entre l'Angleterre et la France prit fin et les Acadiens ont reçu la permission de revenir s'établir en Acadie. Constatant que leurs anciennes maisons le long de la baie de Fundy étaient occupées, ils ont trouvé des terres rocheuses près de l'océan et ont été forcés de se disperser dans les Provinces maritimes. À cette époque, deux collectivités acadiennes distinctes ont vu le jour sur les Côtes acadiennes et à Yarmouth. On a créé le canton de Clare pour les Acadiens en 1768, au nord de la ville de Yarmouth. Un groupe de 12 Acadiens avaient tenté d'échapper à la déportation en s'y réfugiant en 1755, mais ils ont succombé au dur hiver. Dès la fin des années 1760, les Acadiens étaient mieux préparés et se sont établis dans des villages le long de la mer, comme à Saint-Bernard, Grosses-Coques et Petit-Ruisseau. Ils ont tenté de cultiver la terre, mais le sol était trop rocheux; ils se sont alors rapidement tournés vers les forêts et la mer pour gagner leur vie. Les Acadiens sont devenus des bûcherons, des constructeurs de navires et des pêcheurs. À mesure que les grandes familles acadiennes devenaient de plus en plus nombreuses, la colonisation acadienne s'est poursuivie vers le sud, en direction de la localité de Rivière-aux-Saumons. Une histoire semblable s'est déroulée au sud de la ville de Yarmouth. Une rencontre fortuite que certains descendants du sieur Philippe Mius d'Entremont ont faite à Halifax donna lieu à une proclamation officielle permettant à cette famille de retourner sur ses anciennes terres à Pubnico. La famille y est immédiatement retournée et d'autres familles acadiennes ont rapidement suivi. Les familles acadiennes se sont établies à Pubnico et vers le nord de long de la côte, leurs villages se retrouvant ici et là entre des villages anglophones. Ces Acadiens se sont encore une fois tournés vers la mer pour gagner leur vie et ils sont devenus pêcheurs et constructeurs de navires. Pubnico est le seul village acadien au monde où des Acadiens sont revenus s'installer après la Déportation.
Durant la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe siècle, les collectivités acadiennes étaient extrêmement autonomes et indépendantes. Les contacts avec la ville anglophone de Yarmouth étaient minimes et les deux communautés acadiennes distinctes ne communiquaient pas beaucoup l'une avec l'autre étant donné la distance qui les séparait. Cet isolement a permis aux Acadiens de conserver leur langue, leur religion et leur identité culturelle. On a créé des paroisses catholiques romaines, les familles sont devenues de plus en plus grandes et un premier Acadien a été élu à l'Assemblée législative de Nouvelle-Écosse en 1836. Même si les collectivités acadiennes ne sont pas devenues riches, elles étaient revenues et elles avaient survécu. Les peuplements anglophones dans la ville de Yarmouth et aux alentours sont devenus de plus en plus grands et prospères au XIXe siècle. Puisqu'ils étaient de Boston, les Planteurs faisaient naturellement le commerce avec Boston pour acheter les produits manufacturés dont ils avaient besoin. La mer leur fournissait du poisson et une voie de transport pour acheminer les produits au marché. Des hommes de Yarmouth ont voyagé partout dans le monde et ont rapporté chez eux richesse et biens matériels. Le service de traversier vers la Nouvelle-Angleterre a commencé en 1855 et donna naissance au tourisme international dans la région. Yarmouth a connu son apogée comme port d'armement en 1879 et le port a été le deuxième port d'immatriculation en importance au Canada. À l'époque, le Canada était en quatrième place parmi les grands pays maritimes au monde. La ville de Yarmouth s'est épanouie avec la construction d'édifices publics imposants, d'écoles et d'églises. La vie culturelle et les loisirs n'étaient pas en reste : on y retrouvait sociétés littéraires, groupes de musique et de théâtre et organisations sportives. Les gens de mer et les marchands ont bâti de grandes maisons de style et des entreprises importantes, témoignage de la richesse que la ville a générée.
Les rapports et les liens entre les collectivités acadiennes et Yarmouth ont pris de l'importance au XXe siècle. Tandis que vers la fin du XIXe siècle le transport maritime perdait de plus en plus la place de choix qu'il occupait, les liens avec la mer devenaient de plus en plus solides dans toutes les collectivités de la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth. Le homard, qu'on retrouvait en abondance, était une denrée de base du régime alimentaire des gens de la région. Les gens pouvaient littéralement cueillir le homard sur les plages exposées à marée basse et ils repartaient avec un plein seau. Les grands vents pouvaient aussi déposer du homard sur les plages. Toutefois, le homard était considéré comme le plat des gens pauvres et on s'en servait aussi comme engrais. Au début du XXe siècle, on a développé un marché pour le homard vivant et on a ainsi commencé à en expédier à partir des Côtes acadiennes et de Yarmouth vers la Nouvelle-Angleterre. Une nouvelle industrie commerciale venait de voir le jour et allait aider à façonner la région. Les profits de la pêche du homard ont atteint des sommets sans précédent dans les années 1980, et la région a connu une autre vague de richesse. Même si cette richesse n'allait pas atteindre les proportions connues au XIXe siècle, elle stimula suffisamment l'économie pour permettre à la région de bien traverser une période durant laquelle d'autres industries manufacturières fermaient leurs portes et allaient s'installer ailleurs.
Aujourd'hui, c'est dans la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth que l'on trouve l'industrie de la pêche la plus importante au Canada atlantique et la plus importante pêche au homard au monde. D'autres industries ont ainsi vu le jour dans la région, y compris la construction de bateaux et la récolte d'autres espèces piscicoles. Le commerce international et la mondialisation ont favorisé le resserrement des liens entre les collectivités et les familles de part et d'autre de la région. L'identité acadienne est toujours très solide, avec environ 50 p. 100 des habitants qui s'identifient comme Acadiens et qui parlent le français comme langue maternelle. Il y a une petite bande indienne mi'kmaq qui appartient à la Première Nation d'Acadia. Le reste des habitants de la région des Côtes acadiennes et de Yarmouth sont de langue anglaise et beaucoup peuvent retracer leurs origines jusqu'aux Planteurs venus de la Nouvelle-Angleterre. Puisque la communauté régionale vise la croissance et la prospérité au cours du XXIe siècle, les gens des diverses cultures vont devoir continuer à travailler ensemble. Nous vous invitons à visiter les Côtes acadiennes et Yarmouth afin de vivre une expérience façonnée par la mer. Nos diverses cultures et nos histoires intéressantes sauront vous procurer une expérience enrichissante.
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